Libre Et Vous
LETTRE À COEUR OUVERT

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Quand le corps porte le poids de l’injustice.
Aujourd’hui, j’ai décidé de vous ouvrir mon cœur.
Non pas pour m’épancher, mais parce qu’il est temps de déposer. De déposer cette colère que j’ai longtemps portée comme un poids lourd de sens, et surtout, de faire en sorte que la culpabilité change enfin de camp.
En tant que femme, mais aussi en tant que sexothérapeute, ma mission est d’accompagner la libération de la parole et la guérison des corps. Pourtant, au mois de mars dernier, c’est ma propre intégrité qui a été mise à l’épreuve.
Pour la deuxième fois, j'ai porté plainte contre un "con...frère" officiant à Pessac, pour abus de confiance et agression sexuelle par personne abusant de l’autorité conférée par sa fonction.
La policière en charge de mon dossier m’avait promis des nouvelles rapides.
Neuf mois plus tard, le silence est assourdissant.
Cet "homme" est toujours en activité... J'espérais que cette nouvelle plainte pourrait enfin faire cesser cela.
Pendant ces mois de silence judiciaire, mon corps a pris le relais du combat que les mots ne pouvaient plus mener. Sans m’en rendre compte, j’ai commencé à prendre du poids. Ce n’était ni de la gourmandise, ni un laisser-aller, mais une protection : une armure de chair face à la violation de mon âme.
La colère des non-dits s’est logée dans ma mâchoire.
Les dents serrées contre l’injustice, j’ai développé un bruxisme et une entorse de la mâchoire si douloureuse que mes nuits sont devenues des combats contre l’insomnie.
C’est cela, la réalité physique de l’injustice : le corps encaisse ce que le système ignore.
Si je vous raconte cela, c’est parce que mon histoire s'inscrit dans une actualité brûlante.
En France, les chiffres sont alarmants : on estime que seulement 1 à 2 % des plaintes pour violences sexuelles aboutissent.
Quel message envoyons-nous à ces hommes qui se croient tout permis par leur statut ? Allez-y "Abusez, messieurs, vous ne risquez rien" c'est une honte nationale...
Je refuse que nous, les femmes, continuions à prendre "perpétuité" dans le silence et la douleur physique pendant que les agresseurs poursuivent leur vie sans être inquiétés. Si l’évolution des débats sur la loi sur le consentement apporte une lueur d’espoir, le chemin reste encore bien trop long.
Aujourd’hui, j’accepte de faire partie de ces femmes dont la voix ne sera sûrement pas entendue par la justice.
Mais je refuse de laisser cette colère me consumer.
Pour évacuer cette charge, j’ai dû trouver des exutoires physiques, comme à Defoul Zone de Pau, où j’ai pu transformer ma colère en mouvement.
Ce fut une étape nécessaire pour libérer ma parole à travers la destruction symbolique.
Dans les films, on voit souvent des personnages casser des voitures pour se défouler... je me suis dit : "Pourquoi pas moi ?".
J'y ai trouvé un espace sécuritaire et encadré pour évacuer ce qui s'était inscrit en moi au fil de l'année.
(Pas de voiture, mais de la vaisselle et une multitude d'objets à éclater).
Une véritable thérapie par le mouvement.
En tant que thérapeute, ce vécu ne m'affaiblit pas. Au contraire, il forge ma détermination.
Protéger, détecter les dérives de pouvoir et légitimer chaque souffrance : telle est la priorité de mon accompagnement.
Je sais ce que coûte le silence, (6 ans avant ma première plainte), et c’est pour cela qu'aujourd'hui je continuerai à parler.
La culpabilité a changé de camp.
Reconnaître mes faiblesses me rend plus forte.
J'accueille mes émotions avec amour et bienveillance, car c'est aussi à cela que sert la supervision dans mon métier : rester consciente et alignée.
Mon corps commence à s'alléger, et ma voix, elle, ne s'éteindra pas.
Avec tout mon amour.
Libre Et Vous ?
Si ces mots résonnent en vous et que vous sentez l’élan d’aller plus loin, je vous accompagne avec présence, écoute et bienveillance.